Review: Les enfants de Troumaron (Französisch)

La génialité d’un film se manifeste en majeure partie par deux possibles effets sur le spectateur. Soit il nous emporte dans une autre sphère, une sphère qui fait rêver et qui nous insuffle un espoir propulseur. Soit il nous casse le petit espoir qui nous restait afin de nous affronter avec les véritables cruautés de la vie, gardant le spectateur dans une paralysie tout au long de la séance. Autrement dit: Il y a certains films qui nous donnent des ailes et il y a d’autres qui nous dépriment à mort!

Les enfants de Troumaron appartient au deuxième type de bons films. Je le dis directement : La séance de ce deuxième long-métrage de Harrikrisna Anenden n’est certainement pas un divertissement (au sens propre du mot) mais une expérience. Thérapie de choc pour tous ceux qui n’ont eu qu’une image paradisiaque de l’Île Maurice, une petite île dans l’Océan indien – loin de tout – dont la superficie correspond à peu près à celle de la Sarre. Malgré l’avertissement du réalisateur qui avait prononcé un petit discours avant la diffusion du film, je ne m’attendais pas au chaos d’émotions que j’ai vécu dans la suite.

Les enfants de Troumaron, ce sont principalement Ève, Sad, Salvita et Clélio. Vivant dans un quartier défavorisé de la capitale de l’Île Maurice, Port-Louis, ils veulent tous sortir de la misère sans savoir comment. Ils se perdent dans un cercle vicieux qui devient de plus en plus difficile à briser. Ève se prostitue pour gagner sa vie. Sad est amoureux d’Ève mais celle-ci n’a que des yeux pour Salvita qui, quant à elle, désespère face à l’autodestruction de sa copine. Clélio, un voyou récidiviste, passe ses journées sur le toit d’un bâtiment à pleurer l’impasse dans lequel il se voit coincé. Tous les destins sont liés les uns aux autres par la prostitution d’Ève. Battue par son père et délaissée par sa mère, trop paralysée pour aider sa fille, la jeune femme vend son corps afin de gagner sa vie et d’obtenir son indépendance. Ses activités font parler dans le quartier et Ève se perd dans une spirale de violence qui affecte également les trois autres personnages. A la fin, Salvita se fait tuer, Sad désespère en essayant de protéger Ève de sa clique et Clélio est emprisonné. Le futur de Sad et Ève n’est pas dévoilé et le film laisse derrière lui un spectateur agité, voire horrifié.

J’ai pleurré, j’ai tremblé, j’ai aimé et j’ai haï. Il y a seulement deux autres films qui ont créé un aussi grand malaise en moi, à savoir American History X et The Boy in the Striped Pyjamas. Dans Les enfants de Troumaron, le spectateur ne trouve jamais un moment où se détendre. A part l’histoire lourde, ce sont surtout le décor, la musique et les plans  qui créent une ambiance morne. Harrikrisna Anenden fait souvent usage de la perspective à vol d’oiseau pour illustrer l’impuissance d’Ève dans ce monde machiste dans lequel sa marge de manœuvre est bien limitée. L’emploi du très gros plan et du flou renforcent le malaise du spectateur qui peut facilement se mettre dans la peau des personnages. Particulièrement intéressant est l’usage du flou qui accompagne techniquement les réflexions d’Ève et de Clélio sur leurs rapports avec le corps. Tous les deux déclarent de ne plus rien ressentir et d’être des morts vivants. Ils sont passés à côté de leur corps qui deviennent dans leurs yeux une image vague, irréelle. A cela s’ajoute le setting, le décor, dont le réalisateur a dit de ne rien avoir changé. Tout le setting crie la misère et ne nécessite pas un traitement stylistique. L’Île Maurice, c’est aussi cela.

Harrikrisna Anenden a réalisé des documentaires pour l’OMS pendant des décennies avant de se tourner vers la fiction après sa retraite en 2005. Je lui ai posé la question de savoir pourquoi il s’est finalement décidé pour la fiction comme moyen d’expression. La réponse était romanesque : Quand il a rencontré sa femme, l’écrivaine mauricienne Ananda Devi, il y a un peu plus que 30 ans, il s’est mis à lire ses romans afin d’avoir quelque chose sur quoi parler avec elle. Dans son zèle d’amoureux, il lui avait promis d’adapter un jour son roman  La cathédrale , une promesse dont sa femme s’est souvenue encore quelques décennies plus tard. Elle lui a rappelé ses propos d’autrefois et en 2006, celui-ci a réalisé enfin son premier long-métrage du même titre. Les enfants de Troumaron est son second long-métrage, coréalisé par son fils Sharvan Anenden, et se base sur le roman Ève de ses décombres, également écrit par sa femme et paru chez Gallimard en 2006. La famille paie une grande partie de ses films elle-même et se partage pour cette raison une grande partie du travail. Mais il n’y pas de raison de s’en plaindre car, selon le réalisateur, étant son propre producteur, on n’est l’esclave de personne. Aux futurs cinéastes, il donne le tuyau de couper ses propres films car c’est en les coupant qu’on trouve le mieux des fautes de tournage.

Par ailleurs, aucun acteur dans Les enfants de Troumaron était professionnel. Le manque de budget peut souvent avoir des bénéfices pour la créativité d’un cinéaste. C’est ce que la Nouvelle Vague a prouvé en France dans les années 50 et 60 et c’est-ce que le cinéma africain nous prouve toujours.

 

Advertisements

Über tschellufjek

In Bearbeitung ;)
Dieser Beitrag wurde unter Film, Kultur, Polyglot abgelegt und mit , , verschlagwortet. Setze ein Lesezeichen auf den Permalink.

Eine Antwort zu Review: Les enfants de Troumaron (Französisch)

  1. Trippmadam schreibt:

    Eine Gelegenheit, mein Französisch zu üben. Vielen Dank.

Kommentar verfassen

Trage deine Daten unten ein oder klicke ein Icon um dich einzuloggen:

WordPress.com-Logo

Du kommentierst mit Deinem WordPress.com-Konto. Abmelden / Ändern )

Twitter-Bild

Du kommentierst mit Deinem Twitter-Konto. Abmelden / Ändern )

Facebook-Foto

Du kommentierst mit Deinem Facebook-Konto. Abmelden / Ändern )

Google+ Foto

Du kommentierst mit Deinem Google+-Konto. Abmelden / Ändern )

Verbinde mit %s